Avez-vous lu le billet précédent de Geneviève? Grossesse multiple

J’ai accouché à 34 semaines et 6 jours.

Quand les personnes entendent cela, la plupart disent : «Ce n’est pas si pire, tu étais pas mal vers la fin.» Ne voulant pas créer de conflit, je finis toujours par sourire. Oui, je sais, cela aurait pu être bien pire, mais vivre la prématurité de son (ou ses) bébé(s) n’est vraiment pas un évènement facile à gérer.

Pour faire une histoire courte de mon accouchement, celui-ci a été très facile. J’ai crevé mes eaux en dormant. Nous sommes donc arrivés à l’hôpital en pleine nuit. L’infirmière m’a alors averti que seul mon conjoint pourrait être avec moi durant le travail. Je l’ai regardé un peu surprise de son commentaire. De toute façon, c’est ce que j’avais en tête.

Quand l’obstétricienne, la résidente, la pédiatre, la directrice du département de néonatalogie et 6 infirmières sont entrées pour préparer la chambre, j’ai compris ce qu’elle voulait dire. Je suis l’attraction du jour. J’allais avoir des jumelles. À ce moment, je suis très calme, ma grossesse avait été un charme et je n’avais pas réalisé que 34 semaines, c’est trop tôt.

J’ai accouché rapidement de ma première fille, Florence (45 minutes de poussée). On l’a déposée sur moi une minute, puis mon amoureux l’a prise. Je n’ai pas fini mon travail! 6 minutes plus tard, ma deuxième fille, Noémie, était au monde. Tout d’un coup, tout le monde semble stressé. Une infirmière a vite quitté avec Florence, suivie de mon conjoint.

J’ai appris plus tard qu’elle avait des difficultés respiratoires. Noémie est restée sur moi environ une demi-heure, puis, on l’a amenée elle aussi en néonatalogie.

J’étais seule. Plus de bébés, plus d’infirmières. Complètement seule. C’est à ce moment que cela m’a frappé. Ma grossesse était finie. Mes bébés étaient enfin avec nous. J’étais heureuse. Après 30 minutes, une infirmière m’a amenée rejoindre mon conjoint auprès de mes filles. On nous a alors expliqué toutes les étapes à franchir avant le retour à la maison.

Un instant. Mon cerveau s’est alors mis au neutre. Je pensais retourner avec mes filles d’ici quelques jours. On me parlait de semaines. Moi qui pensais que tout était correct, eh bien non. On m’a ramenée à ma chambre. Des parents et des amis sont venus me voir, mais ils ne pouvaient pas voir les filles. J’étais triste. Toute la vision que j’avais de la naissance des filles venait de s’écrouler.

Mon conjoint est retourné dormir à la maison. J’étais vraiment seule pour la première fois depuis les 34 dernières semaines. C’est à ce moment que je me suis effondrée. J’ai pleuré longtemps. Je voulais avoir mes bébés près de moi. Je me sentais responsable de leur naissance trop hâtive.

Le lendemain, je suis allée seule en néonatalogie. Mes filles sont dans un incubateur.

Toute petite souris de 4 lb, elles étaient gavées, je dois donc activer ma production de lait sans elle. Dans une salle se trouvent quatre chaises avec leur tire-lait. Le tout séparé par des rideaux. Plusieurs mamans de bébés en néonatalogie sont en train de tirer leur lait. Je me suis alors sentie comme une vache à lait. Ce n’était pas la vision de l’allaitement que j’avais en tête.

Les jours passent. Lorsque j’arrive en néonatalogie, je consulte le cartable des filles. Les infirmières y écrivent ce qui s’est passé durant mon absence. Mes petites souris font plusieurs désaturations en oxygène par jour. Pour expliquer simplement, leur rythme respiratoire est trop lent pour qu’il y ait assez d’oxygène dans leur sang. Chaque fois que cela se produit, on retarde leur retour à la maison de 5 jours. Vous pouvez imaginer mon stress lorsque je regarde le cartable. Et ma déception lorsque je vois que Noémie en a fait 4 lors des 3 dernières heures.

J’ai une chambre de courtoisie à l’hôpital, mais j’y étouffe. J’ai l’impression que jamais je ne pourrai rentrer avec mes filles. Je finis par retourner à la maison entre les boires des filles le jour. Je fais donc le trajet toutes les trois heures. Mon conjoint est extraordinaire.

Nous faisons chaque visite ensemble.

À la maison, je vois la chambre de mes filles et j’ai une extrême tristesse qui m’habite.

Je me suis énormément replié sur moi-même. Je suis incapable de parler de ce que nous vivons. J’avais peur pour mes filles. Je voulais simplement pouvoir rentrer avec elles.

J’étais épuisée, physiquement et psychologiquement.

Heureusement que le personnel de l’hôpital était là. Même à 2h du matin, les infirmières étaient toujours souriantes et avaient des bons mots pour nous. Elles nous ont tellement aidées. J’avais des petites périodes de cours, quand j’allaitais. Notre infirmière venait nous voir et nous donnait des conseils sur le bain, l’alimentation, etc. Je me sentais rassurée.

Un jour, on nous a dit que mes petites souris pourraient revenir à la maison le lendemain.

J’étais folle de joie. La nuit avant le grand jour, j’avais tellement peur qu’il arrive un évènement durant la nuit et que tout soit encore repoussé! On a finalement installé les filles dans leur siège d’auto. Notre infirmière et notre docteur ont complété les papiers.

Tout était beau. Tout d’un coup, j’avais peur. Peur de sortir de cet environnement ultra sécuritaire pour mes filles. Les au revoir ont été touchants. Toutes les infirmières sont venues cajoler une dernière fois mes petites souris. Après 26 jours, on s’attache.

Arrivés à la maison, nous avons déposé les filles, ensemble, dans leur lit. On s’est regardé en se demandant : « Qu’est-ce qu’on fait maintenant? »

Geneviève
Les opinions émises dans ce billet n’engagent que l’auteure.

Geneviève

 

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