Crédit photo : Charles

Par ce billet, j’aimerais vous partager ma réflexion sur le phénomène des réseaux sociaux et plus largement de la place occupée par la technologie, en lien avec la maternité et la paternité.

Tout d’abord, il faut distinguer la technologie en tant que moyen de communication, qui permet de véhiculer un message et de faire en sorte qu’il soit accessible à tous (c’est cette technologie qui me permet de vous informer sur la périnatalité), et la technologie qui permet aux médias, dont les réseaux sociaux, d’influencer l’opinion publique, d’insuffler des tendances ou même des normes auprès du plus grand nombre de personnes.

J’observe dans la dernière décennie, beaucoup de changements chez les futurs et nouveaux parents vis-à-vis la technologie et de la diffusion d’informations. Des images et des vidéos souvent très personnelles sont partagées à grand rayonnement, et ce, même pour des événements intimes.

 

La vision de la maternité souvent idéalisée

Il faut se le dire, la plupart du temps, on voit sur les publications entourant la maternité des annonces de grossesses, ou du sexe du bébé à venir ou des photos du nouveau venu avant même que la famille proche soit avisée. C’est un peu la folie du partage en public, l’omniprésence des réseaux sociaux. Il faut dire vite les choses positives qui nous arrivent et au plus grand nombre de personnes possibles, comme si c’était une compétition.

Il y a des femmes enceintes qui sentent une pression face à tous ces contenus qui montrent le plus beau, le meilleur, le parfait et ce, même pour l’accouchement. Même si consciemment, on sait tous que les médias sociaux montrent bien moins les ratés ou les difficultés de notre vie qui font aussi partie du quotidien, il semble néanmoins, que cette pseudo-réalité de la vie d’une femme enceinte, accouchante ou de parents, soit idéalisée. Ce qui fait que plusieurs femmes vivent un échec important si elles ne deviennent pas enceintes aussi rapidement que leur proche cousine, qu’elles n’ont pas eu une grossesse sans complication comme leur meilleure amie, ou qu’elles n’ont pas accouché naturellement, comme leur soeur ou leur voisine et même, d’avoir finalement vécu la naissance par césarienne.

Le Crowd birthing, vous connaissez?

Dans certains pays, on remarque le phénomène de “Crowd birthing” qui est vraiment à la mode et qui veut dire “Accouchement en public”. Certaines femmes, souvent des stars ou des personnes publiques très bien nanties, font même appel à des coiffeuses, maquilleuses à la maternité pour que les photos soient exceptionnelles à partager durant le travail et suite à l’accouchement.

Photo Ben Stansall / AFP

Rappelons-nous par exemple la sortie de la princesse Kate Middleton après son accouchement, toute bien coiffée, maquillée, bien habillée avec même, une robe moulante. Imaginez ce que cette image laisse sous-entendre aux femmes enceintes qui se préparent à devenir mère.

Cette nouvelle tendance n’est sûrement pas étrangère à la popularité des réseaux sociaux qui motive l’obsession pour l’apparence, le paraître, l’image parfaite, enviable. Avoir le soucis d’être belle et paraître fraîche en toutes circonstances, même après un accouchement long et difficile. Aux yeux de tous, rien n’y paraîtra. Ce phénomène est en pleine croissance.

 

Observations personnelles

Au niveau de mon expérience plus personnelle dans le milieu de la périnatalité, je comprends la joie de vouloir partager les événements heureux avec l’entourage, mais jusqu’à quel point?

Concrètement, je note qu’il y a une augmentation flagrante des communications numériques durant le travail et très rapidement après l’accouchement. Face à cet état de fait, maintes infirmières de la maternité remarquent qu’il y a un manque de concentration de la femme à ce qui se vit en elle, un manque de présence à l’instant présent et il semble que cela influe grandement sur la notion d’intensité de la douleur ressentie durant l’évolution du travail. Dans ces circonstances, la future mère aurait plus de difficultés à gérer ses inconforts et resterait plus souffrante au final. Et, pour ce qui est du père (ou de la conjointe ou de l’accompagnateur) présent(e) à ses côtés, des communications répétées auraient aussi un impact sur la qualité de sa présence auprès de sa conjointe. Quand on écrit un texto ou un post quelconque, on n’est pas dans l’instant présent à focusser, à se concentrer sur la respiration, sur la descente du bébé à venir ou sur un accompagnement optimal pour mettre toutes les énergies à la bonne place.

Certains établissements en viennent même à restreindre l’utilisation des mobiles à la maternité afin de favoriser l’évolution du travail dans les meilleures conditions.

Naissance à travers le temps

C’est un vrai volte-face tout cela, lorsqu’on regarde l’histoire des naissances à travers le temps. La mise au monde d’un enfant était considérée dans un secteur des plus privés, intime et davantage dans la sphère personnelle ou peu de personnes avaient accès. C’était un espace quasi sacré où se vivait l’essentiel de la vie, souvent partagé par des femmes qui accompagnaient les étapes de la naissance. Même les hommes du Moyen-Âge il y a longtemps, faisaient la garde à la porte de la caverne lors de la venue d’un bébé, afin d’éviter toute intrusion venant de l’extérieur pouvant perturber cet instant unique de la naissance d’un nouveau membre de leur groupe.

Plusieurs peuples et sociétés tribales indiennes et africaines voyaient la naissance comme un sacrement, comme un cadeau naturel qui assurait la survie de leur espèce.

Puis, plus récemment, la mise au monde se passait à la maison avec, le plus souvent, des femmes qui avaient acquis ce savoir populaire à travers leurs expériences pratiques et le transfert de connaissance d’une génération à l’autre. On les appelait à l’époque, les sage-femmes ou les doulas. Lisez le billet Qui est la sage-femme? pour en savoir plus.

Ensuite, les hôpitaux ont vu le jour autour des années 1900. En raison des maladies présentes, du manque de salubrité et des complications souvent rapportées lors des accouchements, décès maternels et infantiles, les médecins ont progressivement pris une plus grande place dans le secteur de la maternité. C’est en 1920-1930 que la majorité des naissances se passaient dans les hôpitaux dans un milieu, disons-le, assez froid et médicalisé, sans pour autant que les pères y soient admis. Souvent les femmes étaient endormies en fin de travail par un gaz ou une injection avant même la naissance avec les bras attachées. Ces mesures se voulaient préventives de complications potentielles et créaient à la fois, des conséquences souvent plus importantes en postnatal pour la nouvelle mère, avec une récupération plus difficile, une séparation évidente avec son bébé dès la naissance qui n’aidait en rien l’allaitement et le processus d’attachement.

Il a fallu attendre les années 1970 pour entendre la volonté exprimée par plusieurs groupes de femmes, de mettre au monde les enfants dans un climat rempli d’humanité, de chaleur et plus naturel, avec la présence des personnes significatives en soutien près d’elles. La volonté de redonner aux femmes leur capacité, leur pouvoir à donner la vie. Diminuer les interventions, respecter le silence et l’attente. Toute cette démarche populaire est le préambule à la formation des chambres de naissances dans les maternités, des maisons des naissances avec des suivis par des sage-femmes qui sont maintenant disponibles dans plusieurs régions. Cela s’ajoute à l’offre de services pour les parents qui souhaitent vivre autrement la naissance de leur enfant.

De nos jours, que ce soit au travers du choix du lieu de l’accouchement, des méthodes employées pour mettre votre bébé au monde ou encore de votre apparition sur les réseaux sociaux, l’important est selon moi, que vous les parents, vous soyez maître de vos choix et que vous vous sentiez confortable et l’aise avec ceux-ci. Votre vécu vous appartient et vous devriez pouvoir en rester maître.

En conclusion, je regarde tout cela avec du recul et je me dis que l’expérience de la naissance est encore en transition et que la technologie vient prendre une place importante dans le vécu de ce moment précieux. Est-ce pour le mieux d’après vous?

Pour compléter vos connaissances sur le sujet, lisez ces billets :

Visionnez ces vidéos :

Photo Jelleke Vanooteghem


C’est une réflexion à avoir!

À bientôt,

Marie
La spécialiste des bébés

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2 Commentaires. Leave new

  • bonjour à vous,

    Bien sûr vous pouvez partager des parties de textes avec la source bien sûr!
    merci pour les beaux mots.

    Marie

  • Isabelle Lefrançois
    10/15/2020 9:35 am

    Wow! Quel beau texte, je pense tout ce qui est écrit. Sans porter de jugement, je considère que tout ce qui appartient aux nouveaux parents et au nouveau né ne devrait pas être partagé avec le monde entier, ici je parle des vidéos comme les premiers pas, le bain, les rires, les moments intimes avec la maman, l’allaitement et j’en passe. Je trouve que ce sont des moments intimes qui appartiennent seulement à la famille. Où est le respect de l’image du bébé en partageant sa vie et ce, avant même qu’il vienne au monde?
    Très beau texte est-ce que je peux partager des petites lignes en vous citant bien sûr?

    Merci 🙂

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